Botrytis Cinerea

Botrytis Cinerea: Un ravageur de culture très infectieux - en détail

Nous avons tous déjà trouvé des tomates ou des fraises, laissées un peu trop longtemps au frigo, recouvertes d’un duvet feutré de pourriture grise. Pas très appétissant, je vous l’accorde!

par Iñaki García

Nous avons tous déjà trouvé des tomates ou des fraises, laissées un peu trop longtemps au frigo, recouvertes d’un duvet feutré de pourriture grise. Pas très appétissant, je vous l’accorde! Il s’agit souvent d’un type de pourriture nommée Botrytis cinerea, aussi connue sous le nom de pourriture grise. Ce champignon parasitique donne des frissons dans le dos à bien des horticulteurs. Il apparaît sur les fleurs et les fruits, principalement à la fin de la période de floraison ou de fructification, et surtout dans les cultures extérieures exposées à la pluie et à l’humidité. Le Botrytis attaque les plantes affaiblies ou les fleurs flétries. En fait, dans la nature, ce champignon participe au processus de recyclage des plantes en les décomposant pour rendre les nutriments de nouveau disponibles dans le sol. En outre, ce champignon joue un rôle essentiel dans le cycle naturel de croissance. Pourtant, lorsqu’il s’attaque à votre culture, il n’est rien de plus qu’un parasite!

Cet organisme provoque des pertes de culture considérables chaque année partout dans le monde, il menace donc notre approvisionnement en nourriture. Ce champignon attaque généralement à l’automne, mais il peut également frapper lors des étés humides. En fait, le Botrytis prospère lorsque l’humidité atmosphérique est élevée. Voilà une bonne raison de ne pas conserver les fruits et légumes au réfrigérateur, le taux d’humidité y est très élevé!

Raisins

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Raisins moisis. Pourriture grise (Botrytis cinerea)
poussant sur une grappe de raisin (Vitis vinifera).
La pourriture grise compte parmi les pourritures
les plus communes chez les plantes, elle provoque
de sérieux problèmes économiques. Elle s’attaque
à plusieurs types de culture, particulièrement les
tomates et les autres fruits tendres comme les fraises,
les framboises et les raisins. Elle affecte également les
produits récoltés et emmagasinés comme les oignons, les
bulbes et les tubercules. Les produits emmagasinés peuvent
être protégés si l’environnement de conservation est
chauffé adéquatement tout en étant frais et sec. Les plantes
vivantes peuvent être protégées à l’aide de produits
fongicides chimiques, mais la pourriture développe
souvent une résistance à de tels produits.

L’on nomme ce champignon la “pourriture grise” puisqu’il forme un duvet gris à un certain stade de son développement. Le duvet abrite les spores (cellules reproductives) du champignon, mais on l’aperçoit rarement puisque les spores ne se reproduisent que dans certaines conditions précises.

Le terme Botrytis cinerea dérive du Grec “botrys”, qui signifie “grappe de raisin” et du Latin “cinerea”, qui fait référence à la couleur gris cendré du champignon. Au microscope, en faisant preuve d’un peu d’imagination, les structures transportant les spores fongiques ont effectivement l’allure d’une grappe de raisin.

Botrytis cinerea est un champignon nécrotophe, c’est-à-dire qu’il tue l’hôte pour lui soutirer les nutriments dont il a besoin. Les tissus sur lesquels il se développe deviennent foncés et ramollissent parfois, puisque les cellules de l’hôte meurent. Avec le temps, une couche de duvet gris se forme sur les taches foncées. Le champignon pousse sur les matières mortes ou en dépérissement, mais il peut aussi affecter les cellules vivantes. Habituellement, une infection de Botrytis peut être visible après deux ou trois semaines. Si l’infection est identifiable à l’oeil nu, la pourriture a déjà pénétré la plante. À ce stade, l’usage d’un fongicide s’avère pratiquement inutile.

Le champignon peut infecter plus de 200 espèces de plantes, mais il provoque des ravages et des pertes de rendement principalement chez les fraises et les raisins. Il est aussi saprophytique, c’est-à-dire qu’il se nourrit de matières organiques en décomposition. Par conséquent, les produits récoltés peuvent aussi subir une attaque!

Le Botrytis préfère les fleurs et les fruits, mais il peut également pousser sur les tiges, les feuilles et les graines. Les graines infectées transportent le champignon qui ne se développera que lorsque les conditions seront propices, généralement lors de la germination. Dans une telle situation, le semis mourra peu de temps après la germination ou la graine ne germera tout simplement pas. Ce phénomène s’appelle “la fonte des semis” et peut aussi être provoqué par d’autres microbes.

L’infection d’une fleur par le champignon n’est pas visible initialement. La chlorose – tissue aux allures brunâtres et mouillées près de la zone infectée – est l’un des premiers symptômes indiquant l’attaque probable du Botrytis. Une tache plus pâle au contour brun foncé peut aussi présager une infection à la moisissure.

Cycle de vie

Le développement initial de la pourriture grise se produit généralement à partir de débris de plantes infectées provenant de cultures antérieures et qui ont été laissés dans le champ. Le mycélium présent dans les débris se développe lorsque la température augmente, au printemps par exemple. En pleine lumière, le mycélium produit des structures nommées conidiophores. Des spores, que l’on nomme “conidies”, se forment alors aux extrémités des conidiophores pour ensuite être transportées dans l’air. Elles peuvent donc entrer en contact avec les feuilles ou les tiges des plantes cultivées.

Une fois le contact établi, elles germent et amorcent leur attaque. L’humidité doit chuter soudainement et la température doit augmenter pour que les conidiophores puissent relâcher les spores. Ceci se produit habituellement à l’aube. Parallèlement, les gouttes de pluie bondissant sur une plante infectée peuvent aussi contribuer à la dissémination des spores. C’est sans compter les insectes qui sont capables de transporter les conidies d’une plante à l’autre, une source majeure d’infection. Finalement, les infections peuvent provenir de cultures ou de jardins à proximité.

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Masses de spores de Botrytis cinerea vues au micrographe. Ce champignon se nomme également la pourriture grise. Il produit des millions de spores (masses grises) au bout des embranchements de conidiophores (filaments gris). Les spores sont délogées facilement, transportant l’infection rapidement d’une plante à une autre./p>

Pour que les spores puissent germer, il doit y avoir suffisamment d’humidité et de nutriments (sucres et matières organiques) disponibles sur la plante ou aux alentours. L’humidité peut provenir de la condensation sur les plantes, si le taux d’humidité dans l’air est supérieur à 95 %, ou de la sève d’une plante qui s’échappe d’une blessure superficielle.

Lorsque les spores germent, des filaments germinatifs émergent des spores. À l’extrémité des filaments se forme un renflement, appelé appressorium, créant un “pieu d’infection" qui pénètre dans les tissus de la plante, mais pas instantanément. D’abord, certaines enzymes doivent être sécrétées pour aider à éliminer la première barrière cellulaire de la plante (la cuticule – la couche superficielle cireuse de la plante).

La cuticule d’un tissu en santé est souvent très coriace, c’est pourquoi le champignon a plus de chance de pénétrer les tissus endommagés, faibles ou sénescents (vieillissants). L’infection peut aussi commencer à partir des stomates ou des blessures. Ainsi, le Botrytis apparaît souvent après une attaque de chenilles. Le champignon profite des dommages causés par les morsures d’insectes pour pénétrer dans la plante. N’importe quel dommage provoqué par l’horticulteur, en prélevant des boutures, en récoltant les fruits ou en pinçant les pousses, permet au Botrytis d’entrer dans la plante.

Une fois entré dans la cuticule, le champignon peut se répandre sur la couche suivante de cellules riches en pectine. Pour ce faire, le champignon sécrète une plus grande quantité d’enzymes différentes de celles utilisées pour éliminer la cuticule. Les enzymes se nomment pectinases et incluent les endopolygalacturonases. La température optimale pour la croissance fongique est d’environ 24 °C, mais les champignons peuvent endurer une température aussi froide que 0 °C. En réalité, l’humidité relative dans l’air joue un rôle beaucoup plus important que la température. Tant et aussi longtemps que l’humidité relative dans l’air est élevée, le Botrytis réussit à attaquer, peu importe la température.

Le Botrytis sécrète aussi des protéines et des substances phytotoxiques qui tuent subitement les cellules adjacentes à l’hôte. L’une de ces substances se nomme botrydial.

Le système immunitaire de la plante a aussi une incidence sur la rapidité de développement de l’infection. Les mécanismes de défense de la plante sont parfois affaiblis à l’automne, donc le Botrytis semi-latent peut frapper durement la plante. C’est pourquoi certains horticulteurs éprouvent des problèmes avec le Botrytis à la fin de la saison de culture. Néanmoins, un taux d’humidité ambiant élevé joue souvent un rôle tout aussi important dans ce phénomène.

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Pourriture grise. Le microscope électronique à balayage (MEB) révèle une spore de pourriture grise (Botrytis cinerea) qui germe sur une feuille de framboisier.

Méthodes de contrôle

En cours de culture

L’on doit absolument se débarrasser de toutes les parties d’une plante infectée par le Botrytis. Les parties infectées doivent être retirées et placées immédiatement dans un sac de plastique. Si vous devez enlever la plante en entier, tâchez de suivre les étapes suivantes:

  1. Premièrement, déposez un sac sur la plante sans la toucher.
  2. Puis, déterrez la plante et ses racines.
  3. Ensuite, sortez le sac et la plante à l’extérieur de la zone de culture.
  4. Avant de retourner dans la zone de culture, lavez vos mains et changez de vêtements.

Il ne faut absolument pas que la plante infectée ou des parties de la plante entrent en contact avec les autres plantes, car même le plus bref contact projettera un nuage de spores grises dans l’air. Les spores se déposeront ensuite sur les plantes en santé et risqueront de les infecter.

Quant aux cultures, il est important que les plantes aient assez d’espace entre elles pour que les feuilles ne se touchent pas. Un bon système de ventilation aide à réduire le taux d’humidité autour des feuilles et des fleurs. Pour les cultures extérieures, il est recommandé de couvrir les plantes à l’aide d’un abri en plastique, comme un tunnel plastique, en cas de pluie. Ceci empêche les plantes de se mouiller.

Il faut aussi faire preuve de vigilance par rapport aux insectes nuisibles, comme les chenilles, puisqu’ils peuvent endommager la cuticule. Le B. cinerea pourrait en profiter pour pénétrer dans la plante plus facilement. Le champignon infecte les plantes plus facilement si elles ont été endommagées par des insectes broyeurs. D’autres insectes, comme les thrips, peuvent transporter et propager les spores de Botrytis.

Contrôle biologique

Plusieurs micro-organismes contrôlent efficacement le B. cinerea chez une grande variété de plantes. Par exemple, on utilise le champignon Clonostachys rosea (= Gliocladium roseum) pour combattre et prévenir les attaques de Botrytis, car il est capable d’empêcher la production de spores. Le C. rosea n’est pas le seul organisme capable de lutter contre le B. cinerea. Certaines espèces de nématodes contrôlent aussi la pourriture grise de manière efficace.

Certaines souches de Trichoderma harzianum ont démontré un pouvoir antagoniste sur le développement de B. cinerea dans certaines cultures. De plus, certaines bactéries du genre Bacillus semblent être capables d’inhiber la croissance de B. cinerea; elles peuvent s’avérer utiles lorsqu’on les applique sur les fleurs ou les fruits infectés et dans le sol afin de prévenir la fonte des semis. Toutefois, plusieurs facteurs dicteront l’efficacité de ces organismes, notamment les conditions environnementales et le stade de développement des plantes. Pour les fraisiers et les bleuetiers, des abeilles ont également été utilisées avec succès pour améliorer la dispersion et l’efficacité de telles bactéries antagonistes. Si une quantité donnée de micro-organismes bénéfiques est placée dans la ruche, les abeilles s’occuperont de les distribuer à toutes les plantes.

Fongicides à base d’extraits naturels

Plusieurs extraits de plantes sont vendus sur le marché pour prévenir principalement les attaques et le développement du B. cinerea. Des extraits de thym, de graines d’agrumes, d’origan, de menthe, d’ail et de poivre ont donné de bons résultats, pour n’en nommer que quelques-uns. Les composants de ces extraits sont multiples, mais plusieurs agissent en inhibant la germination des conidies ou en empêchant le développement du mycélium.

Avancements biotechnologiques

Les scientifiques sont parvenus à développer des plantes transgéniques en laboratoire qui ne sont pas affectées par le B. cinerea en introduisant un gène résistant. Ce gène résistant encode une sorte de protéines (protéines inhibitrices de polygalacturonase). Comme mentionné ci-dessus, le Botrytis produit des enzymes qui permettent aux champignons d’infecter les cellules hôtes et certaines de ces enzymes sont des endopolygalaturonases. Le fait d’inhiber cette protéine rend la plante plus résistante aux attaques fongiques.

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Botrytis cinerea, ou pourriture grise, sur la feuille d’un succulent Kalanchoe blossfeldiana. Il produit des millions de conidies (spores) aux extrémités des conidiophores en filament.

Pourriture noble

Le Botrytis cinerea est une sorte de pourriture très répandue qui se propage très facilement, tant dans le tiroir à légumes de votre réfrigérateur que dans les cultures en champs. Bien qu’il soit possible de combattre ce type de pourriture, son contrôle demeure difficile. C’est pourquoi elle est aussi problématique partout dans le monde.

Cependant, le Botrytis n’est pas toujours nuisible. En viticulture (culture des raisins) par exemple, lorsque les raisins mûrs sont infectés, la porosité de leur enveloppe augmente. Par conséquent, une plus grande quantité d’eau s’évapore du fruit le rendant ainsi plus sucré. Ceci permet de produire un vin avec un meilleur bouquet. C’est aussi ce que l’on nomme la pourriture noble. Pour produire certains des meilleurs “vins botrytisés”, les raisins sont littéralement choisis un à un à la main et seuls ceux infectés par la moisissure parasite sont sélectionnés. Dans certains cas, le Botrytis peut donc être perçu comme une bénédiction pour les horticulteurs. Dans la nature, les moisissures sont effectivement des bénédictions. C’est le Botrytis qui fait en sorte que les feuilles tombées à l’automne disparaissent aussi facilement. Le cycle de la vie peut alors poursuivre son cours.

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